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Stomie urinaire à domicile : quand faut-il appeler l'infirmier ou le médecin en urgence ?

19/06/2026
Stomie urinaire à domicile : quand faut-il appeler l'infirmier ou le médecin en urgence ?
Couleur anormale, absence d'urine, fièvre : quand appeler le 112 pour votre stomie urinaire à domicile

En Belgique, on estime entre 16 000 et 22 000 le nombre de porteurs d'une stomie urinaire, soit environ 20 % de l'ensemble des patients stomisés. La plupart d'entre eux vivent chez eux et doivent, au quotidien, distinguer un désagrément passager d'une véritable urgence liée à leur stomie urinaire à domicile. Cette incertitude génère une anxiété légitime, aussi bien pour le patient que pour l'aidant familial qui l'accompagne. Adrien, Pie et Fulgence, infirmiers indépendants basés à Woluwe-Saint-Lambert et forts de plus de quinze ans d'expérience en soins à domicile, accompagnent chaque jour des patients porteurs de stomie dans cette vigilance. L'objectif de cet article est de vous offrir, sous forme de FAQ, des repères concrets pour ne pas paniquer et identifier le bon interlocuteur — infirmier, médecin traitant ou 112.

Ce qu'il faut retenir
  • Une stomie qui vire au violet, brun ou noir est une urgence chirurgicale absolue (ischémie tissulaire) : appelez le 112 immédiatement et prenez une photo pour l'équipe soignante.
  • L'absence d'écoulement d'urine dans la poche pendant plus de quatre heures (malgré une hydratation normale) peut signaler une obstruction rénale grave : appelez le 112 sans attendre.
  • La morbidité à 5 ans d'un Bricker est évaluée à 45 %, avec un taux global de complications variant entre 33 % et 80 % selon les équipes — un suivi infirmier rigoureux à domicile est une nécessité clinique documentée.
  • Tout porteur de Bricker doit bénéficier chaque année d'une échographie rénale, d'une prise de sang avec clairance de la créatinine et d'un recueil d'urine, afin de détecter les complications tardives (sténose de la stomie dans 18,3 % des cas, pyélonéphrites dans 11 %).

Avant d'entrer dans le vif du sujet, un rappel utile. Les trois principaux types de stomies urinaires — le conduit iléal (opération de Bricker), l'urétérostomie cutanée et la néovessie — partagent un point commun : un écoulement urinaire qui nécessite une surveillance quotidienne. Une stomie saine présente un aspect bien précis : elle est rouge-rosée, luisante, humide, indolore et légèrement saillante. Toute modification de ces caractéristiques doit vous alerter. Précisons toutefois que la néovessie fonctionne différemment des deux autres types de dérivation : contrairement au Bricker ou à l'urétérostomie, elle ne produit pas d'écoulement passif permanent. Le patient doit apprendre à vider sa néovessie par poussée abdominale ou par sondage intermittent, et le principal risque à surveiller à domicile n'est pas la fuite mais la rétention chronique à bas bruit. La continence diurne est acquise à environ 90 % au bout d'un an et la continence nocturne à environ 80 % au bout de deux ans, après rééducation périnéale.

Ma peau autour de la stomie est rouge et irritée : est-ce grave ?

Découpe de la plaque : l'erreur de millimètre qui change tout

Une rougeur, une douleur ou un épaississement de la peau autour de la stomie — ce que l'on appelle l'irritation péristomiale — est le signe d'un contact prolongé des urines avec la peau. En pratique, cela survient souvent lorsque la découpe de la plaque est mal ajustée : l'orifice doit être supérieur d'1 à 2 mm au diamètre de la stomie. Trop serré, il comprime la muqueuse ; trop large, il laisse les urines macérer sur la peau.

Dans ce cas, signalez le problème à votre infirmier à domicile dans les 24 heures. Il adaptera l'appareillage et évaluera l'état cutané. En Belgique, cette intervention se fait sur prescription médicale, dans le cadre de la nomenclature INAMI. Pour bénéficier d'un accompagnement personnalisé, n'hésitez pas à faire appel à un service de soins spécifiques à domicile à Woluwe-Saint-Lambert.

Dépôts cristallins : un signe d'urines trop alcalines

Un cas particulier mérite votre attention : si vous observez des dépôts blanchâtres cristallins autour de la stomie, il s'agit probablement d'urines trop alcalines. Le traitement de première intention consiste à appliquer localement un mélange eau et vinaigre blanc à parts égales pendant dix minutes, lors de chaque changement de support. Parallèlement, votre médecin pourra prescrire un ECBU (examen cytobactériologique des urines) pour évaluer le pH urinaire et rechercher la présence de la bactérie Proteus mirabilis, principale responsable d'infection urinaire chez les porteurs de stomie.

Conseil : Avant la pose d'une nouvelle plaque, les poils situés à proximité de la stomie doivent impérativement être coupés avec des ciseaux et jamais rasés. Le rasage provoque des microtraumatismes cutanés qui fragilisent la peau péristomiale et favorisent les décollements, les irritations et les complications cutanées. Ce geste simple fait partie des bonnes pratiques de soins et peut réellement limiter les épisodes d'inconfort.

La poche de stomie urinaire fuit ou se décolle : que faire à domicile en attendant l'infirmier ?

Changer l'appareillage soi-même : les bons gestes

Une fuite persistante sous la plaque ou une mauvaise adhérence de la poche ne doivent pas être ignorées. Si vous êtes formé au geste — ou si l'aidant familial l'est —, changez immédiatement l'appareillage. Nettoyez la stomie à l'eau du robinet et au savon neutre, séchez soigneusement par tamponnement, puis posez un dispositif neuf. N'utilisez jamais d'éther ni de solution désinfectante sur la peau péristomiale.

Voilà pourquoi il est essentiel de conserver en permanence un kit de rechange complet à domicile — plaque et poche — afin de pouvoir agir sans attendre le passage de l'infirmier. Précisons que toutes les poches d'urostomie sont équipées d'un système anti-reflux intégré qui empêche les urines déjà collectées de remonter vers la stomie et vers les reins. Ce dispositif, spécifique aux poches urinaires (il n'existe pas sur les poches de colostomie ou d'iléostomie), constitue la première barrière contre les infections urinaires ascendantes. Veillez à vérifier son bon fonctionnement à chaque changement de poche. Pour un système bi-bloc (deux pièces), la poche doit être changée tous les un à deux jours et la plaque toutes les 48 à 72 heures. Pour un système monobloc, l'ensemble se remplace toutes les 48 heures. La règle d'or : ne jamais attendre les premiers signes de décollement.

Fuites nocturnes et niveau de remplissage : les bonnes habitudes

Pensez aussi à surveiller quotidiennement le niveau de remplissage. Une poche qui dépasse les deux tiers de sa capacité devient lourde et tire sur la plaque, provoquant des décollements. La nuit, connectez une poche de nuit d'une capacité pouvant atteindre 2 litres, ce qui permet d'éviter tout lever nocturne. Pour les déplacements hors domicile, des poches de jambe d'une capacité de 500 à 800 mL sont également disponibles et se fixent sous le vêtement, garantissant discrétion et autonomie. Si, malgré une technique correcte, les fuites persistent, contactez votre infirmier à domicile sans attendre : en Belgique, une nouvelle prescription médicale permet d'adapter le budget INAMI via le système de portefeuille virtuel, sans surcoût si les produits figurent sur la liste limitative.

Exemple : Mme Vanherck, 71 ans, porteuse d'un Bricker depuis huit mois, subissait des fuites nocturnes quasi quotidiennes qui perturbaient son sommeil et altéraient la peau autour de sa stomie. Lors de sa visite, l'infirmier a constaté que la patiente ne connectait pas de poche de nuit et que sa poche standard de jour se remplissait entièrement avant 3 heures du matin. Le passage à une poche de nuit de 2 litres, combiné à un ajustement de la découpe de la plaque (la stomie avait légèrement diminué de diamètre depuis l'opération), a permis de supprimer totalement les fuites nocturnes en moins d'une semaine.

Urines troubles ou malodorantes avec une stomie urinaire : quand s'inquiéter ?

Mucus dans les urines : normal ou inquiétant ?

Cette question revient très souvent, et la réponse n'est pas toujours intuitive. Si vous portez un conduit de Bricker, sachez que vos urines contiendront toujours du mucus produit par le segment d'intestin grêle utilisé comme conduit. Un aspect trouble et floconneux est donc considéré comme normal. Précisons qu'en post-opératoire immédiat d'un Bricker, chaque uretère est sondé et les deux sondes sont différenciées par leur coupe — l'extrémité allant au rein droit est coupée droite, celle de gauche en biseau — afin de permettre de mesurer et de comparer la diurèse de chaque rein séparément. Toute asymétrie importante du débit entre les deux sondes doit être signalée sans délai à l'infirmier ou au médecin. En revanche, en dehors de la période postopératoire, des urines troubles accompagnées d'une odeur forte, de fièvre et d'une douleur lombaire signalent une suspicion d'infection urinaire haute qu'il faut signaler immédiatement.

Hydratation insuffisante : la cause la plus fréquente

Le premier réflexe à avoir en cas d'odeur inhabituelle sans fièvre ni douleur : vérifiez votre hydratation. Un apport hydrique insuffisant est la cause la plus fréquente d'urines concentrées et malodorantes. L'objectif recommandé est de 2 à 2,5 litres par jour pour maintenir des urines claires. Si le problème persiste, appelez votre infirmier dans les 24 heures : il pourra organiser un ECBU et évaluer la situation.

Plus d'urines dans la poche depuis plusieurs heures : une urgence de stomie urinaire à domicile

C'est l'un des signaux d'alarme les plus graves. Si aucune urine ne s'écoule dans la poche depuis plus de quatre heures alors que vous avez normalement bu, il peut s'agir d'une obstruction — un risque rénal sérieux. Appelez le 112 sans attendre.

En attendant les secours, vérifiez que la poche n'est pas simplement coudée ou que le robinet de vidange est bien ouvert. Ne tentez jamais de manipuler la stomie ni d'insérer quoi que ce soit sans avis médical. Dans le cas spécifique de l'urétérostomie, toute perte accidentelle de la sonde impose une consultation urologique dans les six heures pour éviter la sténose de l'uretère. Ne réinsérez jamais vous-même la sonde. Rappelons que la sonde d'urétérostomie doit être changée en consultation spécialisée toutes les 4 à 6 semaines (voire jusqu'à 8 semaines selon les cas), et non une fois tous les trois mois comme on le croit parfois. En post-opératoire, la mesure quotidienne de la longueur extériorisée des sondes — à l'aide de repères visuels — est recommandée pour détecter toute migration ou déplacement accidentel avant qu'il ne provoque une obstruction.

À noter : En cas d'urgence chirurgicale digestive (occlusion, hernie étranglée) chez un porteur de Bricker, un chirurgien non informé du type de dérivation risque de léser le greffon iléal lors de l'intervention. Ce risque spécifique justifie que le patient et son aidant conservent en permanence un document écrit précisant le type exact de dérivation urinaire (Bricker, urétérostomie ou néovessie), à présenter immédiatement à toute équipe soignante en situation d'urgence. Cette simple précaution peut éviter une complication peropératoire grave.

La stomie change de couleur : violet, brun ou noir, faut-il appeler le 112 ?

Oui, immédiatement. Rappelez-vous : une stomie normale est rouge-rosée. Tout virage vers le violet, le brun ou le noir est le signe d'une ischémie tissulaire, c'est-à-dire une nécrose — et c'est une urgence chirurgicale absolue. Ce risque est particulièrement élevé dans l'urétérostomie cutanée, en raison de la fragilité de la vascularisation de l'uretère terminal.

La conduite à tenir est claire : appelez le 112, ne recouvrez pas la stomie sans avis médical, et prenez une photo pour la montrer à l'équipe des urgences. Ce cliché permettra de documenter l'évolution de la couleur et d'accélérer la prise en charge.

Fièvre, frissons et douleur lombaire : simple infection urinaire ou sepsis ?

Pyélonéphrite aiguë : les signes qui ne trompent pas

Les signes typiques d'une pyélonéphrite aiguë sont les suivants : fièvre supérieure ou égale à 38,5 °C, douleur unilatérale en fosse lombaire, frissons, urines troubles et malodorantes. Si vous reconnaissez cette combinaison, contactez immédiatement votre médecin traitant ou rendez-vous aux urgences.

Chez la personne âgée, soyez doublement vigilant. Les signes peuvent être trompeurs : confusion mentale, altération brutale de l'état général, douleurs abdominales sans fièvre franche. N'attendez pas que la température monte pour réagir.

Signes de sepsis : les connaître peut sauver une vie

Les signes de sepsis urinaire doivent être connus de tout porteur de stomie et de tout aidant :

  • Hypotension artérielle
  • Confusion mentale
  • Baisse de la saturation en oxygène
  • Oligurie (diminution marquée des urines)

Ces signes imposent un appel au 112 et une hospitalisation immédiate. Les infections urinaires parenchymateuses graves représentent la troisième cause d'état septique grave : le pronostic dépend directement de la rapidité de la prise en charge. De même, un saignement abondant ou persistant au niveau de la stomie (appuyez légèrement avec une compresse sèche sans frotter) ou une douleur abdominale intense et soudaine justifient un appel au 112. Pensez à toujours conserver un document résumant votre type de dérivation urinaire — Bricker, urétérostomie ou néovessie — à présenter aux équipes soignantes.

Comment prévenir les complications et anticiper l'usure du matériel de stomie urinaire au quotidien ?

Reconnaître l'usure de la plaque avant les fuites

La prévention est votre meilleure alliée. Apprenez à reconnaître les signes d'usure de la plaque avant qu'ils ne provoquent des fuites : bords qui se soulèvent, anneau qui se ramollit, odeur persistante malgré la poche fermée, sensation de brûlure ou de picotement sous le support. Dans les premiers mois postopératoires, remesurez régulièrement la stomie : elle peut rester enflée plusieurs semaines avant d'atteindre sa taille définitive, et une stomie ovale exige une vigilance accrue sur la découpe.

Technique de pose et hydratation : deux piliers de la prévention

Pour la pose, tirez légèrement la peau afin d'éviter les plis cutanés — source fréquente de fuites — et choisissez le bon moment : le matin à jeun ou juste avant un repas, lorsque le débit urinaire est plus faible. En matière d'hydratation, visez 2 à 2,5 litres par jour. L'acidification des urines, par exemple avec du jus de canneberge, peut être recommandée par votre infirmier pour limiter la formation de cristaux. Le jus de canneberge agit en abaissant le pH urinaire, contrecarrant directement l'alcalinisation produite par Proteus mirabilis, la principale bactérie responsable de la formation de cristaux chez les porteurs de stomie urinaire. L'objectif est de maintenir un pH urinaire inférieur à 6 ; si les cristaux persistent malgré l'acidification alimentaire, un acidifiant urinaire médicamenteux peut être prescrit par le médecin.

Le suivi annuel : une nécessité clinique pour les porteurs de Bricker

La morbidité à 5 ans d'une urétérostomie cutanée trans-iléale (Bricker) est évaluée à 45 %, et le taux global de complications précoces et tardives varie entre 33 % et 80 % selon les équipes. Ces chiffres font du suivi infirmier rigoureux à domicile une nécessité clinique documentée et non une simple précaution. C'est pourquoi tout porteur de stomie de type Bricker doit bénéficier d'un suivi annuel minimal incluant une échographie rénale, une prise de sang avec mesure de la clairance de la créatinine et un recueil d'urine. Les complications tardives sont en effet fréquentes : pyélonéphrites aiguës dans 11 % des cas, sténoses urétéro-iléales dans 4,9 % des cas et sténose de la stomie dans 18,3 % des cas, cette dernière pouvant entraîner calculs urinaires, infections répétées et altération de la fonction rénale à long terme.

Sur le plan administratif, rappelons qu'en Belgique, le matériel de stomie est remboursé par l'INAMI via un portefeuille virtuel trimestriel, sur prescription du médecin spécialiste, auprès d'un technologue orthopédique ou d'un pharmacien-bandagiste agréé. Le carnet du patient stomisé assure la coordination entre tous les intervenants.

  • Système bi-bloc : poche tous les 1 à 2 jours, plaque toutes les 48 à 72 heures
  • Système monobloc : ensemble toutes les 48 heures
  • Vidange de la poche : avant les deux tiers de remplissage
  • Nettoyage : eau du robinet et savon neutre uniquement

Exemple : M. Lefranc, 64 ans, porteur d'un Bricker depuis trois ans, n'avait effectué aucun bilan de suivi depuis son opération. Lors d'une visite à domicile pour un simple changement d'appareillage, l'infirmier a noté que les urines présentaient un aspect trouble persistant depuis plusieurs semaines et que M. Lefranc se plaignait de douleurs lombaires sourdes et intermittentes. Alerté, le médecin traitant a prescrit une échographie rénale et un bilan sanguin : la clairance de la créatinine révélait un début d'insuffisance rénale lié à une sténose urétéro-iléale débutante. Une prise en charge urologique rapide a permis de traiter la sténose avant qu'elle n'altère durablement la fonction rénale. Cet exemple illustre l'importance vitale du suivi annuel systématique.

Face à une stomie urinaire à domicile, la règle est simple : mieux vaut appeler trop tôt que trop tard. Si vous résidez à Woluwe-Saint-Lambert ou dans ses environs, Adrien, Pie et Fulgence se tiennent à votre disposition sept jours sur sept pour assurer la surveillance de votre stomie, adapter votre appareillage et vous accompagner, vous ou votre proche, avec écoute et bienveillance. Leur approche repose sur la complémentarité de leurs expertises, le respect et une disponibilité concrète au quotidien. N'hésitez pas à les contacter pour tout signe inhabituel ou toute question concernant vos soins de stomie : votre sécurité à domicile est leur priorité.